
105 ans de passion, d’excellence et de fidélité au blason clubiste
En célébrant ses 105 ans d’existence, le Club Africain se souvient des disciplines qui ont tissé la trame de sa légende. Si le football en fut souvent le symbole, d’autres sports ont, dans la discrétion de leurs bassins ou salles, porté haut les couleurs rouge et blanche. La natation et le waterpolo en sont la parfaite illustration : des disciplines où la rigueur se mêle à la grâce, et où le CA s’est imposé comme une école de champions et de valeurs. Elles incarnent la rigueur, la passion et l’excellence, ces valeurs qui définissent depuis toujours la famille clubiste.
Aux origines d’une vocation (1934-1960)
La natation fait son entrée au Club Africain en 1934, à une époque où les infrastructures demeurent rares et où l’effort individuel supplée souvent l’organisation. Les années de guerre et la lutte pour l’indépendance suspendent cette première aventure, mais l’esprit demeure.
Mais au début des années 1960, le rêve refait surface. La section renaît, portée par la volonté d’un club décidé à élargir son empreinte sportive. L’apparition des premières piscines couvertes à Ksar Saïd, El Menzah et Gorjani offre enfin à la jeunesse clubiste un véritable terrain d’expression : le Club Africain possède enfin les moyens de ses ambitions.
Les premiers éclats
Dès 1964, Abdelkrim Ben Fredj inscrit son nom au palmarès du club en devenant champion de Tunisie du 100 m brasse. Il est suivi de près par Fethi Laâribi sur 100 m papillon. Ces premières médailles annoncent une génération de talents qui ne tardera pas à dominer les bassins nationaux.
Puis vient le tournant : l’arrivée d’un prodige, Ali Gharbi, véritable phénomène des eaux, champion dans presque toutes les disciplines. Sous son impulsion, la natation clubiste devient une force irrésistible, soutenue par des encadrants passionnés et une culture de l’effort exemplaire.
Le maître des générations : Fredj Ben Saâd Ben Messaoud
"Âm Fredj, c’était l’eau et la vie. Il a formé des générations entières."
Véritable légende, Fredj Ben Saâd Ben Messaoud - "Âm Fredj" - incarne la transition entre tradition et modernité. Ancien poloïste et footballeur du Club Africain dans les années 1950, il consacre sa vie à la formation des jeunes nageurs.
Aux côtés de Habib Zmerli, Saïd Ouenzerfi et Mohamed Bounatouf, il sème, dès 1966, les graines d’une domination appelée à durer. Il crée une structure d’élite, où discipline, humilité et fierté du maillot se conjuguent. C’est cette école qui fera naître les générations dorées à venir.

Les années 1980 : l’âge d’or du CA dans les bassins
Les années 1980 consacrent la natation clubiste comme une référence absolue en Tunisie. Derrière les figures de Samir Cherif, Fethi Dhrif, Samir et Imed Bouchlaghem, Lotfi Labrag, Rym Kammoun ou Souad Debbiche, se distingue une nageuse d’exception : Faten Ghattas.
En 1981 et 1982, elle réussit un double grand chelem, remportant l’ensemble des titres nationaux. À seulement 18 ans, elle devient Sportive tunisienne de l’année, un honneur qu’elle renouvellera en 1985 - un doublé unique dans l’histoire du sport national.
Sous son impulsion et celle de Samir Bouchlaghem, la section du Club Africain devient une institution dans l’institution, enchaînant titres, records et vocations.
"Faten, c’était la grâce et la puissance réunies. Elle a donné un visage féminin à la gloire du CA."
L’héritage vivant
De génération en génération, la lignée des champions ne s’est jamais interrompue avec Achwak Bouargoub, Hakim Chaouachi, les sœurs Asma et Senda Sammoud, Ahmed et Maroua Mathlouthi, la recordwoman en brasse Raoudha Rebai, puis l’exceptionnelle Sarra Lajnef, première nageuse tunisienne à participer aux Jeux olympiques de Londres en 2012.
La section, gérée de manière autonome, a su préserver sa stabilité malgré les tempêtes qui ont parfois secoué le club. Entre 2006 et 2016, elle remporte 16 titres nationaux, et continue depuis d’enchaîner les podiums. En 2023, les jeunes clubistes décrochent les lauriers chez les cadets, confirment chez les seniors, et s’illustrent dans toutes les catégories.
Les noms d’Emna Ben Hsouna, Mariem Salem, Fahd Chaïbi, Fares Sallemi, Ahmed Yassine Jedidi, Anas Cherni ou Cyrine Hambli illustrent cette relève prometteuse qui perpétue l’esprit des pionniers.
Le waterpolo : l’autre fierté des bassins
Discipline sœur, le waterpolo a connu lui aussi ses heures de gloire sous la bannière rouge et blanche. Entre 1994 et 2014, le Club Africain remporte 16 titres majeurs : huit championnats nationaux et autant de coupes de Tunisie.
Cette domination n’est pas le fruit du hasard. Dès la création de la Fédération tunisienne de natation et de waterpolo en 1982, le club mise sur l’infrastructure, la rigueur et la formation. La discipline bénéficie d’un encadrement d’exception, notamment sous la direction de Samir Bouchlaghem, figure centrale du développement du waterpolo moderne en Tunisie. Grâce à lui, le CA devient une véritable école du jeu collectif, où stratégie et endurance se conjuguent avec un esprit de camaraderie unique.
L’impact d’un modèle
Le Club Africain ne s’est pas contenté d’accumuler des trophées. Il a façonné une véritable culture aquatique tunisienne. En organisant des compétitions, en formant des entraîneurs, en prônant une approche patiente et polyvalente, le club a influencé durablement la manière d’envisager la performance sportive dans le pays.
Cette philosophie - former avant de gagner, éduquer avant de briller - reste le socle de sa réussite. C’est ce qui fait du CA non seulement un palmarès, mais une école de vie.
"Former avant de gagner, éduquer avant de briller". Ce credo a traversé les décennies, rappelant que la victoire n’est jamais un but en soi, mais la conséquence naturelle du travail bien fait.
Une passion qui ne s’éteint pas
Aujourd’hui encore, dans les bassins, les jeunes clubistes prolongent l’histoire commencée il y a plus de 90 ans. Chaque plongeon, chaque brassée, porte la mémoire des pionniers : Faten Ghattas, Âm Fredj, Samir Bouchlaghem, et tant d’autres.
La natation et le waterpolo au Club Africain ne sont pas qu’une histoire de médailles - c’est une saga humaine, un souffle qui traverse les générations et rappelle que, sur terre comme dans l’eau, le rouge et blanc ne cessera jamais de flotter.